05/2019 

Morgann Briand

 

Morgann Briand crée des images qu’il faut prendre le temps de lire. Au sens où, la multiplicité des écritures et des protagonistes au sein de ses toiles ne nous donne pas tout à voir au premier regard.

Se télescopent ainsi des motifs, des portraits dans un style manga, face à des lignes plus libres, des matières et couleurs qui dégoulinent. Les références de l’Internet sont finalement noyées et régurgitées au sein d’un ensemble se rapprochant de la plastique d’un Christopher Wool. D’ailleurs, si Wool s’attaque directement à la peinture du langage ; Briand, lui, y dépeint ses attributs. Il s’agit ici de nouvelles formes d’enluminures, d’une hybridation de signes et d’images donc d’esthétiques.

Les œuvres de Morgann Briand parlent de flux, de la prolifération des images et des informations. C’est pour cela qu’on y trouve du bruit. Parfois, l’artiste amène un silence avec des œuvres où le blanc reste apparent.

La narration se fait dans les multiples propositions que développent ensemble les toiles, tel un storytelling qui apporte de la vitalité aux récits au sens où en discute Christian Salmon 1 On retrouve dans le travail de Morgann Briand une dualité où la pulsion de mort freudienne donne la vie par la pulsion scopique qu’elle déploie. Un érotisme voilé se dégage de ses œuvres à la manière d’un Duchamp qui brouille les pistes. On découvre ce qui est présent presque indirectement. L’artiste questionne les normes de représentation, de genre, de grâce et de noblesse.

Le dessin semble cependant être la composante fondamentale des toiles de Morgann Briand. Le genre lui-même est sans cesse malmené, contredit et éprouvé afin d’en dévoiler que mieux ses possibilités. On pense au travail d’Hendrik Hegray ; Morgann Briand se place tout comme lui dans la lignée des pratiques dites underground : on y trouve quelque chose de sauvage.

  1. Salmon, Christian, 2007, Storytelling. La machine à fabriquer des histoires et à formater les esprits, Paris, La Découverte.

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