10/2019 

Tarik Kiswanson / Vessels  

Tarik Kiswanson réalise son deuxième solo show intitulé Vessels à la galerie Almine Rech du 07 septembre au 05 octobre 2019 à Paris. On y retrouve de multiples œuvres tels que des dessins au crayon, des sculptures, une vidéo et des tableaux. Le travail de Kiswanson nous a intéressé de par son approche protéiforme.

L’exposition Vessels que l’on pourrait traduire par le terme de navire, est pensée comme une métaphore de la vie : une sorte d’Odyssée d’Homère, où chaque étape se fait tumultueuse, intense mais nécessaire. Dès lors que l’on pense au mot navire, il nous vient à l’esprit la question du naufrage. Nous pensons à l’ouvrage Naufrage avec spectateur du philosophe Hans Blumenberg qui nous éclaire sur ce rapprochement métaphorique. 

« Ce qui s’avère pouvoir être sauvé du naufrage de l’existence, ce n’est pas un bien que, d’une façon ou d’une autre, on ramènerait à l’intérieur de soi, mais la possession de soi-même que l’on peut atteindre dans le processus de découverte et de l’appropriation de soi »[1]

 La vidéo The reading room réalisée en 2019 et présentée dans l’exposition immortalise la voix d’un enfant récitant des mots, acte nécessaire dans la compréhension d’un monde en soi. 

Dans ses tableaux, Kiswanson se sert de la radiographie dans le but d’imprimer et de recomposer des fragments de vies. On perçoit alors les multiples couches et superpositions des vêtements, de zips métalliques, de logos et de boutons. Par endroit, Il est aussi possible de remarquer les informations telles que le nom, la date, l’heure et la zone radiographiée. Ces tableaux monochromes sont des silhouettes inanimées, des corps inertes dépouillés de chaires qui dérivent dans les fonds des toiles questionnant toujours ce qui fait identité quelle soit individuelle ou culturelle.

 Pour aller encore plus loin, les vêtements ici représentés s’opposent. On retrouve des vêtements que l’on peut qualifier comme étant contemporains par la présence de logos et d’autres que l’on peut juger plus anciens par leur construction qui s’apparentent à d’anciennes tuniques. Les broderies faites par la machine s’opposent aux dessins de broderies ancestrales: une volonté de l’artiste à vouloir encrer le vêtement contemporain dans une histoire. 

Les tableaux et les sculptures sont parcourues de fils rouges formant des réseaux capillaires. « Ce qu’on doit dire, c’est, la science ne réalise pas ce que les souhaits et les exigences ont transformé en attente à son égard ; mais ce qu’elle réalise ne peut être fondamentalement dépassé et satisfait aux exigences de la conservation de la vie ».[2]

 On cessera de constater que la science ne peut aller au-delà de ce leitmotiv ; c’est pourquoi les artistes se permettent de l’utiliser afin de l’affranchir de ses limites. Ainsi, par le fil rouge, Tarik Kiswanson confronte la brutalité de la toile ou du cuivre : matériau conducteur, à la fragilité du fil de couture. Ces sculptures de cuivre sont dans un processus de fabrication: comme une table de coupe où la forme évidée s’apparente à celle du patronage d’un devant de vêtement.

 Le travail de Tarik Kiswanson nous raconte avec délicatesse l’histoire de ce qui est en devenir. Comment, après tout, le vêtement si normalisé actuellement est vecteur de souvenirs.

 

[1] p19, Hans Blumenberg, chapitre II Ce qui reste du naufragé, Naufrage avec spectateur.

 

[2] P 87, Idem, chapitre VI Construction du bateau à partir du naufrage. Idem

 

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